Solo en duo

Par la fenêtre de son appartement, Inoma contemple les fleurs de la terrasse de l’immeuble en face en sirotant son thé. Elle s’est levée tôt ce matin. Elle a le temps de rêvasser un peu avant d’entamer sa journée de travail. Elle aime imaginer la vie derrière les fenêtres des appartements. Des hommes ? Des femmes ? Elle n’y voit pas plus que ce qu’ils aperçoivent chez elle. Les grandes baies laissent filtrer la lumière extérieure en préservant l’intimité du chez soi.

— C’est l’heure, Inoma. J’ai tout préparé. Le dossier R54 est ouvert. Tu peux te mettre au travail.

— Merci, Amoni.

Elle s’assied à son bureau et se plonge dans ses tâches quotidiennes. Elle travaille chez elle. Comme tout le monde. Tout est parfaitement aménagé pour la vie à domicile. Avec son exconnexion domestique, son lien permanent avec l’extérieur, et Amoni, son alter ego virtuel, elle est totalement autonome. Elle interagit avec ses collègues, sa famille et ses amis depuis chez elle, confortablement installée dans des sièges à l’ergonomie impeccable, dans un air ambiant filtré et purifié. La température s’adapte à ses activités et à ses besoins. Afin d’éviter la monotonie mais également de présenter un profil agréable à ses interlocuteurs, ses vêtements sont variés et colorés. C’est Amoni qui les choisit chaque matin.

Demain soir, elle voit Dago. Amoni lui préparera une robe décolletée et une jolie paire de boucles d’oreille. Ça fait quelques semaines qu’elle ne s’est pas accordée une exconnexion privée avec Dago pour qu’ils passent un moment ensemble, tous les deux, à regarder un film, à profiter l’un de l’autre. C’est qu’elle a beaucoup de travail en ce moment et peu d’occasion de se détendre. Leur fils a déjà deux ans et elle lui consacre les quelques entrevues privées qu’elle s’accorde en ce moment. C’est un beau bébé, souriant et dynamique. Elle est très fière de lui.

Elle est un peu distraite par ces pensées lorsqu’elle s’installe dans la salle de bain pour mettre en marche la coiffeuse automatique. Elle a envie de rafraîchir sa coupe pour demain. Elle a envie de se sentir belle. Est-ce qu’elle ne cale pas correctement sa tête sur le dossier ? Est-ce qu’elle s’est assoupie ? Elle ne saurait analyser la cause de l’incident. Toujours est-il qu’elle fait un mouvement brusque de la tête et les ciseaux, qui suivaient docilement le peigne qui maintenait ses cheveux à la verticale, font un écart et se plantent dans son cou. Inoma émet un cri aigu de surprise et de douleur et porte la main à son cou qui saigne abondamment. Instantanément le système de sécurité s’est mis en marche. La voix d’Amoni la guide, l’invite à prendre une serviette stérile dans l’armoire à pharmacie, à l’appliquer sur la plaie et à la maintenir en place. Inoma s’exécute mais elle sent rapidement que le tissu devient humide sous ses doigts. Elle commence à paniquer mais, heureusement, elle continue à suivre les conseils rassurants d’Amoni qui l’enjoignent à prendre un calmant. Ça va mieux. Elle n’a pas relâché la pression mais elle se sent moins effrayée. Puis, tout doucement, sans qu’elle s’en rende compte, elle perd connaissance.

De vagues lueurs bleutées dansent devant ses yeux qui clignent. Inoma reprend vaguement ses esprits dans un lieu inconnu. Elle est allongée. Il lui semble apercevoir des ombres humaines au-dessus d’elle, mais si près qu’elles pourraient la toucher. Elle entend même des voix proches mais elle ne parvient pas à discerner de paroles. Ses yeux cessent de cligner, s’entrouvrent légèrement, s’adaptent à la lumière ambiante et les contours des formes qui l’entourent se font plus clairs. Il y a bien deux êtres humains dans la pièce, deux femmes. Puis, soudain, l’une d’elle se retourne vers elle et approche sa main de son visage. Affolée, Inoma pousse un cri de terreur et retombe dans l’inconscience.

Elle se réveille chez elle, dans son lit, l’esprit agité. Elle a fait un cauchemar horrible cette nuit. Il faut qu’elle en parle à Amoni. Cette dernière a déjà lancé la préparation du petit-déjeuner. Le bol de thé fume à côté du lit. Elle lui explique qu’elle a eu un accident hier mais que tout est rentré dans l’ordre à présent. Les ciseaux n’ont pas pénétré profondément mais il a tout de même fallu appeler les secours qui sont venus la soigner sur place ; le système robotisé ne suffisait pas. Elle a un pansement sur le cou qu’il faudra changer une ou deux fois. Il n’y a aucune infection.

Inoma porte sa main à son cou. Elle n’a donc pas rêvé. Il lui est arrivé quelque chose. Elle raconte alors qu’elle s’est réveillée dans un lieu inconnu, qui n’était pas chez elle et demande à son alter ego où on l’a emmenée. Amoni lui répond qu’elle n’a pas bougé de son appartement, qu’on est venu la soigner sur place. Comment pourrait-il en être autrement ? Inoma sait bien qu’on ne sort pas.

Bien sûr qu’elle le sait. Elle connaît aussi bien les règles qu’Amoni. Seules quelques personnes sortent et se déplacent, notamment les services d’urgence, et ils ont peu l’occasion de le faire car les systèmes de sécurité et de soins intégrés sont très performants. D’ailleurs, elle pense qu’elle va avoir affaire à l’inspection dans les jours qui viennent car un tel dysfonctionnement de la coiffeuse est un fait inouï. Ces événements représentent un grand chambardement dans sa vie. Depuis son Grand Déplacement, elle n’a été en présence d’aucun être humain. Or, hier, elle a été soignée (voire touchée) et, bientôt, elle risque d’avoir de la visite !

Elle ne va pas travailler aujourd’hui. Elle a besoin de se reposer. Elle se lève pour prendre un relaxant léger avec son thé et se recouche. Elle pense à Imodago, son fils. Comme lui, elle a été élevée dans un centre d’éducation avec des enfants de son âge, entourée d’adultes qui se sont chargés de leur éducation. L’adaptation à la vie sociale domestique s’est effectuée très vite. Elle n’a été manipulée qu’au cours des quelques premières semaines de sa vie, comme il se doit pour le développement correct d’un être humain. Puis, elle a rejoint sa cellule et a vécu via son exconnexion. Amoni a toujours été à ses côtés. C’est avec elle qu’elle a échangé ses premiers mots. Lorsqu’elle a terminé ses études et qu’elle a été prête à travailler, on a organisé son Grand Déplacement, le seul voyage qu’elle allait effectuer dans sa vie. Pour l’occasion, Amoni lui a préparé sa robe d’initiation. Elle l’a revêtue, puis elle a ingéré la potion anesthésiante et s’est allongée sur son lit. Elle ne reverrait plus jamais cette pièce. Elle s’est réveillée dans son appartement actuel.

Elle a du mal à rester détendue et, pour la première fois de sa vie, elle n’ose pas se confier directement à Amoni. Elle se pose des questions. Dès qu’elle s’assoupit, elle imagine une foule de personnes qui arpente les rues et elle se réveille en sueur. Elle redoute la visite de l’inspection. Elle ne veut parler à personne.

— Amoni ? Je me demandais qui sont les personnes autorisées à sortir, à se déplacer ? Tu crois qu’il y en a beaucoup ?

— Non. Presque personne. Tout est robotisé, même les systèmes de maintenance. Peu de situations requièrent une intervention humaine.

— Oui, mais si le robot lui-même tombe en panne, si sa connexion est défectueuse ?

— Non, il n’y a aucune exception.

— Et si c’est l’exconnexion qui ne fonctionne plus ?

— Tu sais bien que c’est impossible. Quel âge as-tu Inoma ?

— 34 ans.

— Est-ce que ça t’est déjà arrivé ?

— Jamais. Mais jamais non plus je n’avais eu besoin d’être soignée.

— Mais tu savais que cette possibilité existait. Un être humain peut tomber malade ou être victime d’un accident. C’est rare mais ça arrive.

— Dis-moi, Amoni, puisque je suis au repos et que j’ai du temps, tu peux me démarrer une vision encyclopédique sur le Réveil ? J’aimerais me rafraîchir la mémoire.

— Encore ? Tu connais déjà tout ça par cœur. Tu me la réclames quand tu as le blues.

— Justement… Tu sais bien que mes ancêtres ont participé au Réveil, alors ça m’intéresse. Ça me rend un peu nostalgique. Leur étrange vie m’intrigue.

— Bon, je te lance un topo sur le Réveil. Amuse-toi bien !

Sa chambre prend des allures de salle de projection. Les lumières baissent et les volets descendent. Les images apparaissent devant elle. Des images de fin du monde qui défilent, sans commentaire, sans musique. Les villes surpeuplées, les embouteillages interminables, les cheminées d’usine, la destruction des forêts, l’élevage intensif des animaux, la pollution, les catastrophes naturelles, la famine. Le sentiment d’angoisse qui l’étreint provoque une douleur physique dans sa poitrine. Elle se fige dans son lit. Sa respiration se fait courte. Puis, l’atmosphère se détend soudain avec un plan panoramique sur une immense forêt et une voix off se met à raconter. Elle se relâche un peu.

La terre courait à sa perte. On le savait et personne ne faisait rien. Les chefs d’État des pays les plus riches se réunissaient régulièrement mais aucune décision concrète ne concluait jamais ces rencontres. La colère grondait et toujours rien ne changeait.

La planète était déjà exsangue. Il fallait savoir ce qu’on voulait. Si on voulait rester sur une terre viable, il fallait changer de mode de vie. Et vite ! Alors il a fallu taper du poing sur la table. Car tout le monde parlait de catastrophe proche et tout le monde attendait que le voisin fasse des efforts. Le grand Réveil est arrivé d’Allemagne. Les Verts ont vu rouge. Aujourd’hui, nous leur devons une fière chandelle. C’était moins une mais on s’en est sortis.

Il fallait lutter sur de nombreux fronts mais, surtout, il fallait bien commencer quelque part. Au sein des structures attachées à la défense de la planète, le groupe des Stationnaires a mis l’accent sur le problème des transports. Selon lui, l’essentiel du problème de la pollution provenait de la nécessité du transport des marchandises et des passagers. On pouvait aisément, dans un premier temps, interdire les déplacements non productifs (loisirs, tourisme, visites à la famille). Ensuite, grâce au développement technologique des systèmes de communication, mettre fin aux déplacements professionnels. Il restait enfin à développer la production locale, pas uniquement au niveau de l’agriculture mais de tous les secteurs d’activité, pour abandonner également le transport des marchandises.

Ainsi fut fait. L’idée a d’abord gagné toute l’Europe, puis de plus en plus de pays ont rejoint cette initiative qui a dû être menée par des régimes autoritaires. En effet, les démocraties ne permettaient pas un changement aussi radical car personne ne voulait se prêter à cette altération du mode de vie. Comment pouvait-on interdire les voyages alors que les publicités pour le tourisme pullulaient ? On ne proposait que des mesures tièdes d’incitation à ne pas se déplacer que personne ne suivait.

Lorsque les partis activistes de défense de la planète ont commencé à prendre le pouvoir dans plusieurs pays, avec à leur tête le SVP, « Sauvez Votre Planète », et son leader Karl Raffi, le renouveau s’est mis en action. Le concept a plu et a pris de l’ampleur, peut-être plus parce qu’il favorisait les systèmes totalitaires que parce que ces nouveaux gouvernements avaient pour but de sauver la planète. Ainsi, les petits dictateurs qui ont voulu imposer l’interdiction de voyage à leur population sans changer leur train de vie, conservant leurs jets et leurs hélicoptères ont servi d’exemple. Leur exécution a été spectaculaire. Et la machine du grand changement a poursuivi sa route…

Les détracteurs étaient nombreux car l’impact sur l’économie mondiale était gigantesque. Les financiers ne voulaient pas entendre parler de ces bouleversements qui, à leurs yeux, n’étaient que des solutions fantasques et sans aucun avenir. Le SVP a fait taire les voix du mécontentement par la force car la manière douce ne fut pas entendue.

Pour limiter les besoins en transport des marchandises et améliorer durablement les conditions de vie sur terre, de nombreuses mesures parallèles ont été prises, notamment au niveau de l’alimentation. Dans un premier temps, le véganisme a été décrété obligatoire afin de lutter contre l’élevage intensif des animaux et de favoriser le développement d’un monde nouveau, qui ne serait plus centré autour de l’être humain. Dans un second temps, on a mis en place le contrôle global de l’alimentation, avec l’interdiction de production de produits alimentaires nocifs (sucre, gras, colorants, etc.), avec la création de pôles agricoles durables : label bio certifié obligatoire, interdiction des OGM, développement de la permaculture, respect des saisons, etc. Toutes les centrales nucléaires ont été fermées, les énergies fossiles interdites. Seul le développement des énergies propres a été autorisé. Le contrôle de la natalité a été adopté ; la terre n’aurait plus supporté longtemps l’état de surpopulation.

Les budgets en recherche et développement technologiques ont été axés sur la robotisation et l’amélioration des systèmes intégrés de communication. La grande majorité des habitants des pays riches travaillait déjà dans le tertiaire, il fallait accentuer encore leur sédentarité, permettre les relations à distance sans détérioration des relations (voire même avec amélioration). Dans les pays pauvres, on ne se déplaçait déjà pas beaucoup, il a suffi de réquisitionner tous les véhicules pour mettre fin aux déplacements sans même prendre en compte la notion de nécessité vitale ou accessoire des transports.

La sédentarité absolue de la population présentait bien d’autres atouts que le simple arrêt des transports. Lorsque les êtres humains se déplaçaient, leur besoin de rester en contact les obligeait à se munir de divers objets devenus indispensables : téléphones, tablettes, ordinateurs. La production de ce matériel électronique était coûteuse et extrêmement polluante, et renforcée par leur obsolescence programmée. Cette technique fut fortement taxée puis tout bonnement proscrite car incompatible avec la stratégie de survie globale. Les entreprises qui n’ont pas jugé utile de revoir leur plan de production, choisissant d’enfreindre la législation, ont été fermées sans sommation, leurs produits confisqués, leurs employés relocalisés dans des sociétés autorisées, leurs équipes de gestion éliminées. Lorsque l’exconnexion domestique a atteint un niveau de développement adéquat, elle a remplacé avantageusement la multitude de ces matériels.

Ainsi, le combat qui avait été mené au départ contre les transports polluants tels que les voitures, les trains, les avions et les bateaux, s’est peu à peu dirigé vers tous les types de transport. Le vélo a représenté une solution alternative en ville au début de l’ère du Réveil. Puis, avec l’avènement de la sédentarité absolue, il s’est lui-même révélé superflu. Aujourd’hui, le déplacement urbain est quasiment banni. On conserve des modes de déplacement non polluants, tels que le vélo ou la charrette, dans les zones rurales où la population, qui est autorisée à se déplacer au sein d’une zone réduite, reste semi-sédentaire dans un cadre contrôlé. En ville, seules certaines personnes accréditées se déplacent et uniquement en cas d’urgence déclarée.

Inoma interrompt le reportage. Elle connaît la suite qui raconte son quotidien. On explique comment il est même devenu inutile de sortir dans les rues. On ne se déplace plus. On peut tout faire avec son exconnexion domestique. On travaille, on mange, on fréquente les amis et la famille, on achète, on fait du sport. On vit. Et on vit bien. La cessation des contacts humains directs a été bénéfique. Les maladies virales ont été éradiquées. La violence est une notion que la population actuelle a du mal à appréhender. Il en va de même pour la sensualité mais ce concept-là n’était pas crucial pour la survie ni même le progrès de l’humanité. On a su l’éliminer des besoins de base, en favorisant le développement intellectuel.

Amoni a beau lui assurer qu’elle n’a pas bougé, elle est certaine d’avoir été déplacée, probablement dans un hôpital. Ce n’est pas réellement l’idée du transport qui la dérange. On peut très bien avoir utilisé un brancard ou un triporteur. Elle ne connaît pas le plan de la ville car l’information n’est pas disponible. Elle n’a aucune idée de l’emplacement des hôpitaux, ni même de la localisation de son immeuble. Ces notions n’ont aucune valeur. Ce qui la perturbe le plus, c’est qu’on l’ait touchée. Personne n’est censé le faire, pas même le personnel médical. Mais elle était inconsciente. Elle revoit très clairement cette main qui s’approche de son visage. Était-elle au moins couverte d’un gant ? Elle ne sait plus. Qu’a-t-elle ressenti ? Rien ou reste-t-il dans son corps un souvenir de ce contact ?

— Que se passe-t-il, Inoma ? Tu n’as pas faim ?

— Non. J’ai assez mangé. Merci. Tu peux envoyer le reste aux déchets.

— Tu sais que ça fait trois jours que tu n’absorbes pas ta portion ? C’est du gaspillage.

— Pardon. C’est vrai, tu as raison. Laisse-moi l’assiette. Je vais la finir. Je peux te poser une question ?

— Bien sûr.

— Combien de personnes sont venues me soigner le jour de l’accident ?

— Deux.

— Et par où sont-elles entrées ?

— Par la porte !

— La porte d’entrée ?

— Oui, évidemment.

— Tu sais que je n’ai jamais pensé à l’ouvrir ni même à m’en approcher ? Comment s’ouvre-t-elle ?

— Mais en actionnant sa poignée. Tout simplement.

Inoma se dirige vers la porte. Elle s’arrête devant et la regarde sans bouger.

— Qu’est-ce que tu fais ? Tu ne penses tout de même pas l’ouvrir ?

— Bien sûr que non ! Pour quoi faire d’ailleurs ? Tu sais, je fais un rêve récurrent depuis cet accident. Une main me ferme les paupières pour que je dorme mais j’ai tellement peur que je reste tétanisée, dans mon lit, à attendre que cette personne sorte. Tu crois qu’il y a quelqu’un derrière la porte ?

— Non, il n’y a personne. C’est normal que tu sois un peu déstabilisée après un tel événement. Tu devrais te coucher tôt ce soir. Je vais te donner un comprimé. Et puis, demain, tu devrais reprendre le travail. Ça t’aidera.

— Tu as raison. Je vais contacter Dago et je vais me coucher.

Elle se branche sur l’exconnexion de Dago. C’est la première fois qu’elle ressent le besoin de parler à quelqu’un d’autre qu’à son alter ego. Elle ne parvient à parler qu’à Ogad qui l’informe que Dago dort déjà. Elle lui laisse un message pour le lendemain et se met au lit.

Elle n’a pas dit la vérité à Amoni. Elle n’a pas réellement peur de la porte d’entrée. Elle est intriguée. Elle a voulu savoir si le système était verrouillé. Il ne semble pas qu’il le soit. Si Amoni lui a dit la vérité… Mais pourquoi lui mentirait-elle ? Jamais elle ne l’a fait depuis qu’elles se connaissent. Pourtant, à bien y penser, elle-même ne lui avait jamais menti jusqu’à aujourd’hui. Elle sent qu’elle n’a pas le droit de lui confier l’envie qui naît en elle. C’est une idée subversive. Elle ne veut pas impliquer Amoni, sa sœur virtuelle.

Elle repense au Réveil. Elle a une parenté éloignée avec Karl Raffi. Elle est fière de ce qu’il a accompli. La vision de la planète avant le Réveil lui fait froid dans le dos. Comment a-t-on pu vivre dans un tel individualisme, avec un tel manque de considération pour la planète ? Elle ne l’envisage pas. Cependant… Ce monde préservé, ces plantes et ces animaux sauvés du désastre, pourquoi ne peut-elle pas les voir en vrai ? Elle comprend certes que les carburants sont à bannir mais pourquoi ne peut-elle pas sortir de son immeuble pour toucher les fleurs qui poussent sur le trottoir ? Quant aux animaux, elle n’en a jamais vu de sa fenêtre. Où sont-ils ? Ils ont l’air si doux ces chats et ces chiens. Elle aimerait les caresser, les sentir. Ne sont-ils pas ses égaux ? Pourquoi ne font-ils pas partie de son quotidien ?

Pourtant, jamais avant son accident, elle n’avait eu de telles envies. Que ferait Amoni si elle lui livrait le fond de sa pensée ? Elle devrait certainement en référer à une instance supérieure. La remise en question du mode de vie urbain n’est pas envisageable. Toute requête personnelle est considérée comme un acte de subversion individualiste. C’est comme si elle demandait à rendre visite à son fils. Elle sait qu’elle n’est pas en droit de faire cette demande. Mais sortir ? Se promener dans la rue ? En quoi cela remettrait-il en cause l’ordre établi ?

Au beau milieu de la nuit, elle se lève pour aller aux toilettes puis elle se recouche. Elle guette les bruits de l’appartement dans le silence. Elle n’a déclenché aucune alarme, tout est en veille, même Amoni. Alors, au bout d’une bonne demi-heure d’attente, elle se lève de nouveau et, cette fois, elle se dirige vers la porte d’entrée. Le cœur battant, elle pose sa main sur la poignée et l’actionne. La porte s’ouvre.

Elle reste sur le pas de la porte, ne sachant plus très bien quelle était son intention. Elle est en chemise de nuit. Elle n’a même pas pensé à s’habiller. Que veut-elle faire ? En face d’elle se trouve une porte identique à la sienne. Elle fait un pas dans le couloir éclairé par des loupiotes au plafond. Elle compte sept autres portes comme la sienne. Tout au bout, elle aperçoit une porte différente. Un peu rassérénée par le calme, elle fait un deuxième pas en avant. Il ne se passe rien. Elle n’a toujours pas déclenché de sirène. Elle se retourne vers sa porte pour vérifier qu’elle est toujours ouverte. Elle saisit la poignée et referme la porte, sans la relâcher, puis la rouvre rapidement. Elle s’ouvre de nouveau. Le mécanisme ne s’est pas verrouillé. C’est décidé, elle va faire le tour du couloir. Mais avant tout, elle veut être certaine de bien identifier sa porte pour ne pas se tromper d’appartement à l’issue de son exploration. Elle remarque alors, sur la gauche du chambranle, une petite plaque de métal sur laquelle sont inscrits son nom et son matricule : Inoma – 64399. C’est bien elle. Autour d’elle, les autres portes ont également le même type d’inscription.

Elle se rend directement vers la porte différente, celle qui n’a pas de poignée. Elle la pousse doucement et passe la tête dans l’entrebâillement sans oser s’avancer plus loin dans l’obscurité. Elle donne sur une cage d’escalier. Inoma referme prestement la porte, effrayée par l’idée d’être si proche de l’extérieur. Elle n’est pas prête à ça. Pas encore.

Elle observe de nouveau le couloir faiblement éclairé et s’approche de la première porte à sa droite. Tyjas – 83451. Sur la suivante, elle lit Filoé – 66320. Elle allait passer à la suivante quand la porte de Filoé s’entrouvre. Elle bondit de l’autre côté du couloir, un cri de stupeur étouffé dans sa gorge. Filoé n’a rien dit. L’index sur la bouche, elle lui fait signe de ne pas faire de bruit. En la maintenant du regard, elle lui sourit pour la rassurer, lui démontrer qu’elle n’est pas hostile, puis, très lentement, elle sort de chez elle et referme la porte derrière elle. Elle continue à lui faire signe de ne pas parler et l’invite à la suivre vers la porte d’accès à l’escalier.

Inoma observe sa voisine, une femme d’une quarantaine d’années, les cheveux attachés dans une queue de cheval. Elle porte un pyjama. Ça la tranquillise. Elle aussi devait tout simplement être en train de dormir dans son lit. C’est une femme comme elle. Elle décide de la suivre. Mais Filoé ne va pas très loin. Dès qu’elles se retrouvent dans la cage d’escalier, elle s’adresse à elle en murmurant.

— Moi, c’est Filoé. Et toi ?

— Inoma, répond-elle sur le même ton.

— Enchantée. Ça fait plaisir de voir quelqu’un ! Ça fait des années que je n’ai pas vu de voisin. Pourtant je guette pratiquement tous les soirs. Chaque fois que je me lève pour aller aux toilettes, je fais un arrêt près de ma porte d’entrée et je tends l’oreille. Des fois que l’un d’entre vous aurait l’idée d’ouvrir la porte. Et ce soir, bingo !

Inoma est déconcertée. Cette femme lui parle comme si elle avait l’habitude de rencontrer des gens. Elle, au contraire, se sent totalement hors propos. Elle ne sait pas comment se tenir. Elle aimerait avoir des poches pour pouvoir y fourrer ses mains qui l’importunent. Elle ne sait pas quoi lui répondre. Elle a pourtant l’habitude de parler. Elle fait ça tous les jours. Mais là, c’est différent.

— Écoute, on n’a pas beaucoup de temps. Si tu veux, on se retrouve dans quelques jours pour papoter un peu ? Tu veux bien ? Pas demain, ça ne serait pas discret. Disons, dans trois jours ? Jeudi ? À la même heure ?

— D’accord. Je veux bien.

— Parfait ! File vite chez toi avant que ton absence soit repérée. À jeudi !

Elles se faufilent chez elles et se recouchent. Ce qui vient de lui arriver est tellement extraordinaire qu’elle ne parvient même pas à réunir ses pensées. Elle vient d’avoir une conversation avec un autre être humain qui se tenait devant elle, en chair et en os. Et la terre ne l’a pas engloutie, la foudre ne l’a pas frappée. Amoni ne s’est rendu compte de rien.

Les jours suivants, elle feint la normalité. Elle veille à terminer ses repas, à exécuter ses tâches quotidiennes, à être efficace dans son travail. Elle réserve même un créneau à Dago à qui elle racontera son accident par le menu mais rien de plus. Elle n’évoquera pas son rêve éveillé à l’hôpital et, surtout, elle ne parlera pas de sa sortie. Elle n’a pas de secrets pour Amoni qui analyse toutes ses conversations. Elle est là pour veiller sur elle et sur son bien-être, pour la protéger.

Jeudi, dans la nuit, elle se livre au même petit jeu. Elle va aux toilettes, se recouche un moment, puis elle sort dans le couloir. Cette fois-ci, la porte de Filoé s’ouvre dès qu’elle a refermé la sienne. Sans un mot, elles filent vers la cage d’escalier.

— Je me demandais si tu viendrais. Tu es une femme courageuse. Tu sais, on ne peut pas rester longtemps. Il faut faire attention à ne pas dépasser les dix minutes, au-delà notre absence pourrait être détectée.

— Filoé. On ne se connaît pas mais il faut que je te demande quelque chose.

— Non, on ne se connaît pas mais on est ensemble. Ça fait un lien, non ? Dis-moi, qu’est-ce que tu veux ?

— J’espère que tu ne vas pas t’offenser…

— T’inquiète pas. Je suis moins fragile que j’en ai l’air.

— Est-ce que je pourrais te toucher, Filoé ? Ne te méprends pas ! Je n’ai aucune intention agressive. Depuis notre rencontre, cette idée me hante. Je n’ai pas approché d’être humain depuis mes premières semaines. Enfin, je crois… Il s’est peut-être passé quelque chose il y a quelques jours… Je… Je voudrais savoir ce que ça fait.

Le visage de Filoé s’éclaire d’un large sourire. La requête d’Inoma ne l’a pas inquiétée. Elle comprend parfaitement ce besoin qui la taraude, elle, depuis des années. Depuis qu’elle y a goûté…

— N’aie pas peur, Inoma.

Elle s’approche d’elle tout doucement et la serre contre elle. Inoma se tient les bras ballants contre ce corps qui l’enserre. La raideur qui a contracté tous ses muscles à ce contact se relâche peu à peu mais elle n’ose pas le moindre mouvement. Sans qu’elle sache pourquoi, elle se met à pleurer silencieusement. Des larmes tièdes et réconfortantes. Elle voudrait s’endormir contre la poitrine de Filoé.

— Il faut rentrer, Inoma. On se revoit lundi ? Tu pourras ?

— Oui, je pourrai !

Filoé lui jette un dernier regard, lui caresse rapidement la joue et disparaît, l’enjoignant à faire de même.

Le lendemain matin, Inoma feint d’être un peu patraque pour rester un peu plus longtemps au lit. Elle veut paresser sous la couette, repenser à sa nuit. Filoé. Sa peau. La chaleur. Les larmes. Ce flot d’émotions est difficile à contrôler. Mais surtout, il faut qu’elle garde tout ça pour elle. Alors, au bout d’une demi-heure, elle se lève pour se mettre au travail. Elle a une autre idée. Elle a accès aux dossiers de tous les habitants de la ville. Elle ne peut pas connaître toutes les informations mais elle peut au moins vérifier que son nom et son matricule sont exacts. Il faut qu’elle soit discrète. Elle ne doit pas s’attarder sur le dossier d’une personne sans raison. Elle attirerait des soupçons.

Filoé – 66320 existe bien. C’est une femme de 43 ans, qui est comptable. Elle lit rapidement ces données et passe à une autre fiche. Filoé a-t-elle fait de même de son côté ? Elle tente de cesser d’y penser et de se concentrer sur son travail. La nuit, en revanche, elle tarde à s’endormir. Amoni s’en inquiète mais elle parvient à la rasséréner en prétextant une fatigue passagère. Elle consent à prendre le léger somnifère qu’elle lui propose mais, en réalité, elle ne l’avale pas et le jette dans les toilettes. Elle a besoin de simuler la fatigue mais elle doit garder son esprit en éveil.

Il s’agit de ne pas faire de faux pas.

La nuit du lundi, bien éveillée, très excitée à l’idée d’une nouvelle escapade dans le couloir, elle se lève. Elle n’est pas anxieuse cette fois, elle est surtout impatiente.

— Ne sors pas, Inoma.

La voix d’Amoni n’est pas forte mais elle est ferme. Inoma se tourne vers le mini-boîtier de son exconnexion, comme si la voix provenait d’un microphone intégré, situé sur son bureau.

— Ils ne savent rien de tes sorties. Personne n’est au courant à part moi et Filoé. Ce que tu fais est très dangereux. Si tu sors ce soir, tu ne rentreras pas.

Au même moment, effectivement, Inoma entend des bruits sourds provenant du couloir. Elle s’approche de la porte et tend l’oreille. Il lui semble percevoir des bruits de lutte, une porte qui se referme, puis plus rien. Elle n’a entendu personne crier, ni même parler. Elle reste ainsi, immobile, quelques minutes, à l’affût d’un son quelconque. Rien.

Alors, elle regagne sa chambre et s’assied sur son lit.

— Alors tu savais ?

— Oui, je savais. Je veille sur toi, tu sais. Je suis informée des moindres variations de ton système : température, appétit, forme physique, état du sommeil, poids. Absolument tout. Je sais quand tu te lèves pour aller aux toilettes. Je suis mise en éveil au cas où il t’arriverait quelque chose. J’ai toujours été là. Et je le suis encore. Tu te rends compte de ce que tu as fait ?

— Tu m’as dit toi-même que la porte était ouverte. Je suis simplement allée voir ce qu’il y avait derrière. Je n’avais pas prévu qu’il y aurait quelqu’un. Ça m’a intriguée, tu comprends ?

— Je comprends que la rencontre t’ait surprise mais tu aurais dû m’en parler. Et si tu ne l’as pas fait, c’est bien parce que tu sais que tu n’aurais pas dû parler à Filoé, n’est-ce pas ?

— Je n’ai rien fait de mal, Amoni.

— Si, tu as commis un acte répréhensible. Si je t’ai couverte, c’est parce que je te connais bien, parce que je pense que cet accident t’a bouleversée et que tu n’es pas toi-même. À présent, il faut que tu te reprennes. Tu n’es pas come Filoé. Cela faisait des mois qu’elle passait des heures, la nuit, l’oreille collée à la porte. Elle commençait à en perdre son efficacité au travail. Son alter ego a dû envoyer un rapport sur son comportement. Elle n’a pas eu le choix. On m’a contactée hier pour me demander si tu étais sortie. J’ai menti, Inoma. J’ai menti pour toi. Et ce soir, je t’ai sauvé la mise. On a emmené Filoé. On va la neutraliser.

— Comment ça ? Où l’emmène-t-on ?

— Tu le sais bien, Inoma. Ce n’est un secret pour personne. On va mettre fin à ses jours. Elle n’a plus sa place parmi nous.

— C’est si grave ce qu’elle a fait ?

— Mais comment peux-tu me poser une telle question ? Tu n’es pas une enfant ! Elle a commis un acte subversif. Or, je te rappelle qu’il n’y a pas de degrés pour de telles actions. Tous les actes de subversion sont traités sur le même plan. Que tu sortes de ton appartement ou que tu commettes un meurtre, c’est la même chose. Tu t’élèves contre l’ordre établi. Tu transgresses un interdit. Ce n’est pas acceptable. Tu viens de visionner un compte rendu sur le Réveil, tu devrais comprendre de quoi je parle, non ? L’individualisme mène à la catastrophe. Tu n’es pas ici pour satisfaire tes désirs ou tes envies passagères. Tu appartiens au grand tout. Toi, comme moi, comme tout le monde, nous ne sommes que des maillons qui participons à un système mis en place pour que les êtres humains soient en harmonie avec la terre et avec toutes les espèces qui la peuplent. C’est la clé de la survie.

Inoma n’ose pas l’interrompre. Elle écoute silencieusement le prêche d’Amoni. Elle est honteuse. Elle sait qu’elle a raison.

— Ne crois pas que je ne sois ici que pour te brider. Tous les alter ego analysent les besoins de leur être humain et transmettent des rapports réguliers. Si des tendances se révèlent, si, par exemple, on se rend compte que l’absence d’animaux pèse sur une grande majorité des gens, on peut envisager une modification des conditions de vie. On peut considérer de remettre en contact les humains avec certains animaux si cette relation est bénéfique pour toutes les parties. Mais lorsque nous ne sommes en présence que d’un caprice, d’une lubie, d’un mal-être provoqué par l’égocentrisme d’une personne, alors on ne propose qu’un seul traitement, l’élimination. Il n’y a pas de place pour les désirs spécifiques de chacun. Aujourd’hui, la ville est le domaine des êtres humains, elle n’a pas été conçue pour les animaux qui ont leur propre territoire. En outre, vous n’avez pas le droit au contact physique avec les autres. C’est ainsi qu’il en a été décidé pour le bien-être de tous. Si tu te sentais en proie en un sentiment d’isolement, tu aurais dû m’en parler. C’est moi qui t’aurais proposé une solution.

— Pardon, Amoni. Tu as raison, bien sûr. Je crois que je ne tourne pas rond. Je m’en remets à ton jugement. Si tu penses que mon excès d’individualisme n’est pas réparable, élimine-moi, Amoni. Je n’ai pas envie de nuire à mes prochains. Et encore moins à toi.

— Je t’ai évité cette solution parce que je pense que tu vas te reprendre. J’ai confiance en toi. Je te connais bien. Va te coucher à présent. Nous aurons l’occasion d’aborder de nouveau ce sujet dans les jours qui viennent.

Inoma est épuisée. Elle s’endort instantanément, les muscles exténués, l’esprit rompu. Le lendemain, à part un énorme mal de tête qui lui cogne dans les tempes, elle va bien. Elle se lève à l’heure pour le travail. Son thé est prêt sur la table de chevet.

— Bonjour Amoni.

— Bonjour Inoma. Bien dormi ?

— Oui, je crois. Profondément en tout cas. J’ai mal au crâne.

— Tu veux un cachet ?

— Non, je crois que ça va passer. Amoni ?

— Oui ?

— Merci.

— Pour le cachet ?

— Non. Pour tout. Pour avoir toujours été là. Pour m’avoir sauvée de moi-même. Pour être à mes côtés. Je ne te ferai pas regretter ton geste, tu peux me croire.

— Eh bien, n’en parlons plus. Mets-toi au travail. Tu as quelques dossiers en retard.

Elle se plonge à corps perdu dans son travail. Elle remplit de longues journées en s’interrompant à peine pour s’alimenter. Elle organise un rendez-vous privé avec son fils deux fois par semaine, et un autre, hebdomadaire, avec Dago. Elle attaque des séances de sport plus rapprochées car elle avait légèrement ralenti la cadence ces derniers temps, bien qu’elle soit restée dans les limites de son programme personnel. Son tapis de course ronronne tous les matins à présent. Elle se lève une demi-heure plus tôt pour intégrer la séance à son quotidien. Elle se reprend en main. Amoni la soutient dans ses efforts, elle loue son courage et son engagement. La vie reprend son cours. Inoma ne s’approche plus de la porte d’entrée et ne lui pose plus de questions sur l’extérieur. Elle se contente d’observer les fleurs le matin par la fenêtre.

— Bonjour Amoni.

— Bonjour Inoma. Bien dormi ? Je mets en route ton tapis ?

— Non merci. Je ne vais pas m’exercer ce matin. Je voulais te parler. J’ai quelque chose à te demander.

— Que veux-tu ?

— Ce que je vais te demander est le fruit d’une mûre réflexion. Je te prie de ne pas me questionner. C’est inutile. Je voudrais que tu me prépares la pilule de fin. Je n’ai plus envie de poursuivre ma vie.

— Tout de suite ? Ce matin ?

— Oui, je suis prête. Je n’ai pas réussi à me reprendre, Amoni. Je ne saurais vivre sans contact humain direct, je ne pense qu’à ça. Je ne parviens pas à me défaire de ce désir individualiste. Mon existence a perdu sa légitimité. Je ne suis pas digne de notre terre. Pardonne-moi de t’entraîner avec moi dans cet échec. Ma disparition va provoquer ta reprogrammation. J’espère que ta nouvelle partenaire sera plus à ta hauteur. Tu as été une compagne sans faille, Amoni.

— Tu fais le bon choix, Inoma.

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