Ils ont osé !

J’ai dû rater un virage dans la grande évolution de la communication publicitaire. Je pensais pourtant que je commençais à m’adapter aux nouvelles formes d’expression. Je ne réagis plus aux interventions qui se résument à des « J’aime », « Je n’aime pas ». Je ne réagis plus aux fautes d’orthographe, même quand elles sont imprimées, même sur des brochures d’une banque d’envergure nationale comme le Crédit Agricole, laquelle ose écrire « Avec ma protection maison – Faîtes le choix de la tranquilité » [J’ai ajouté un tiret car les deux segments s’affichent en titre d’une section de la brochure. Deux fautes en une seule phrase, une syntaxe flageolante si l’on ne sait pas que « ma protection maison » est le nom d’un « produit » de la banque…]. Je lis ces aberrations et je n’en parle même pas. Je suis calme.

Et voici que soudain, à l’entrée d’une bouche de métro, je suis frappée par une publicité nouvelle. Le rouge m’en vient au front. On vient de faire tomber un nouveau tabou. Il y a belle lurette que l’attrait sexuel a été intégré aux images publicitaires ; particulièrement apprécié et efficace, même s’il est un peu décrié, il est confortablement implanté dans notre entourage visuel. Une bouche pulpeuse s’apprête à déguster une glace, une femme à peine habillée se désaltère, c’est monnaie courante. Mais ça ! je n’avais encore jamais vu !

Pub Deezer

« Ben, enfin ! » est la seule pensée structurée qui me vient à l’esprit. Même si je ne suis pas au courant des changements et nouveautés dont nous sommes bombardés au quotidien, j’attrape au vol quelques données indispensables. Je sais par exemple que Deezer est une plateforme d’écoute musicale en streaming – je pense que cette description est à peu près correcte – et j’ai même installé l’appli sur mon téléphone. Et c’est justement parce que je sais ce que c’est que le message me consterne. Mais qu’est-ce qu’on veut me vendre là ? Ce n’est pas Lotus qui me parle, c’est Deezer ! D’ailleurs, Lotus l’aurait fait de façon beaucoup plus subtile. On m’aurait parlé fleurs, petits oiseaux, parfum de printemps, air vif de la montagne…

Là, tout de même, sans ambages, on m’interpelle violemment. On évoque une intimité que j’évite globalement d’évoquer dans ma vie courante, que je ne souhaite pas partager en privé avec les êtres qui me sont proches, alors encore moins en public avec une société qui ne protège peut-être pas efficacement les données privées.

Et que me propose-t-elle, cette société ? Une liste préétablie de morceaux censés m’aider ? (Je sais, on dit plus « morceaux », on dit « sons »…) Quel artiste aurait envie de figurer dans une telle liste ? Passe encore d’être intégré aux « meilleures chansons pour les anniversaires », aux « plus belles mélodies pour emballer » ou aux « musiques qui ont fait danser vos grands-parents et qu’on vous rebalance sans fin parce que ça marche bien », mais ça, tout de même !

— Tu sais quoi ? Je suis numéro 6 dans la playlist laxative de Deezer.

— Wouah, génial ! La gloire !

En outre, en relisant le message publicitaire, je me dis que tout cela est tout à fait incohérent. C’est si je n’en avais pas envie que j’aurais besoin d’une telle liste. Mais là, non vraiment, je ne comprends pas…

6 commentaires

  1. Ton jusqueboutisme dans le pince-sans-rire est un vrai régal.
    Faut pas en vouloir aux communicants, ni à leur vase : peace, quoi.

    1. Oh, je sais bien que je ne fais que jouer du violon (pour rester dans le thème…) ! 😉 T’inquiète, je ne leur déclare pas la guerre. Plus on s’enfonce dans l’absurdité, plus on rigole ! Et vive Tati !

  2. Merci de m’avoir fait rire ♫ J’avais commencé un bêtisier puis l’ai abandonné car il devenait si conséquent que le fichier a buggé ! « Explosé » devrais-je dire… Un jour, penche-toi (si l’on peut dire) sur « les shampoings qui raffermissent le bulbe » ! Elle me fait toujours autant rire celle-ci ♪

    1. Merci, madame ! Heureusement, je ne recontre plus que la pub dans la rue et au ciné (ah non, j’oubliais internet…) et ça fait déjà pas mal d’occasions de se bidonner !

  3. Depuis mon adolescence et jusqu’à ma majorité (1963-1970) nous allions tous les ans en Dordogne, mes parents et moi, pour les vacances d’été. Nous passions toujours par « Chilleurs-aux-Bois », charmante commune française située dans le département du Loiret en région Centre-Val de Loire. À chaque fois ça rigolait bien dans la Citroën « Traction’ de mon vieux : les ‘ouakances’ commençaient vraiment là. 😋

    1. C’est rigolo, j’ai reçu hier le même message de quelqu’un d’autre ! 🙂 Je ne connaissais pas cet endroit. Un des créateurs de la pub viendrait-il de par là-bas ?!

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